Egrégores    thématiques    bibliographie    archives photo    images expo
*

Egrégores
Intervention du collectif espèces d'espaces du 13 au 22 mai 2011
Place du Marché et vitrine communale (le long de la Poste)

Pour le Printemps Carougeois du 225e anniversaire de la Ville de Carouge, le collectif espèces d'espaces investit la Place du Marché et la vitrine communale d'une intervention artistique. Basée sur des sources historiques glanées aux archives communales, Egrégores propose de rendre visible des traces du Carouge d'autrefois à travers des sources témoignant de trois époques: la fin du 18e siècle, le début du 20 e et les années 1950.

Place du marché:

Dès sa création, la Place du Marché est le centre névralgique de Carouge, lieu de rencontres, de commerce et de culture, espace où les gens et leurs histoires de vie passent et se succèdent au fil des ans et des saisons. Elle s'est tout naturellement imposée comme le lieu le plus juste pour cette intervention.

Egrégores rend hommage aux Carougeois en mettant en valeur des traditions artisanales ayant fait partie de leur histoire. Les recensements de 1794 et 1795 témoignent d'une multitude de métiers artisanaux. Certains d'entre eux se pratiquent encore aujourd'hui tandis que d'autres ont même disparu de notre vocabulaire. Le collectif espèces d'espaces en a subjectivement sélectionné une série afin de faire référence aux commerces, aux manufactures et aux artisans de manière poétique.

Tels des fantômes, des silhouettes issues de photographies du début du 20e siècle accompagnent cette évocation et redonnent corps, le temps d'un instant, aux habitants de Carouge qui fréquentaient la Place du Marché.

Du passé au présent, des passants du passé, espèces d'espaces vogue de l'invisibilité à la visibilité par des absences faites présences.

Vitrine communale:

Du visible à l'invisible... Le chantier des tours de Carouge a été une entreprise monumentale qui s'est déroulée entre 1958 et 1963. Elle est à considérer comme une réalisation carougeoise essentielle du 20e siècle. Aujourd'hui plus de 1500 personnes vivent et travaillent dans les tours, offrant un contraste frappant avec les limites géographiques de la ville du 18 e siècle.

Avant l'existence des tours, ces terres étaient en partie des terrains vagues abritant même parfois les plus démunis. Elles accueillaient également des jardins familiaux, appoint alimentaire nécessaire pour nombre d'ouvriers et travailleurs carougeois. Le collectif espèces d'espaces a choisi de représenter en vitrine un échantillon de ces jardins familiaux, en adoptant la démarche des musées d'histoire naturelle. En mettant ainsi en scène cet espace vert, le collectif souhaite sensibiliser le passant   à une activité carougeoise importante d'autrefois et raviver le passé dans les mémoires.

Définition:

Egrégore  : n.m. En latin,   egregius   signifie « remarquable, illustre, exceptionnel ».   Le dictionnaire des synonymes et mots de sens voisin (Gallimard) le cite comme un synonyme de fantôme. Tandis qu'un fantôme est généralement défini comme l'apparition d'une personne morte, l'égrégore est formé par l'énergie des individus réunis en un groupe. Pour Gaetan Delaforge, c'est un « esprit de groupe qui lie les membres, les harmonise, les motive et les stimule afin de réaliser les objectifs du groupe (...) ». Pierre Mabille (1904-1952) définit le terme   égrégore   comme un « groupe humain doté d'une personnalité différente de celle des individus qui le forment. Il précise que les civilisations en sont les plus vastes et les plus durables.

Il s'agit en d'autres termes d'u ne réunion d'entités unies par un caractère commun ou encore d'une forme pensée ou champ énergétique construit par un groupe de personnes ayant la même intentionnalité

Quelques habitants de Carouge sélectionnés dans les recensements de 1794 et 1795:

François Henri, Boucher
Jean-Claude Verriere, Boulanger
Catherine Verne, Fruitière
Jean Fourtin, Contrôleur aux douanes
Jean-Louis Dubois, Directeur des messageries
Jean Money, Postillion
Dewille, Comédienne
Etienne Mollard, Homme de lettres
Jacques Hontsigne, Chandellier
Marie Barbier, Doreuse
Jean Vallet, Faiseur de ressorts
Antoine Blavignac, Fayencier
Jacques Henri Bourquin, Horloger
Jean-François Dubouin, Maçon
Pierre Caze, Marchand de fer
François Sarrasin, Marchand de parasols
Charles Auguste, Gallochier
Guillaume Gauthier, Tanneur
Jeanne-Marie Ravier, Institutrice
Frédéric Perago, Officier de santé
Laurie Poisat, Garde malade
Marie Berbezin, Journallière
Jean-Bernard Pitra,Tireur d'or
Pierre Pernat, Prêtre
Jean Roy, Cullotier
François Tisso, Faiseur de peigne
Rose Patet, Fileuse de coton
Jean-Claude Petret, Fripier
Nicolas Barral, Indienneur
Simon Peigné, Perruquier
Bastian Mathieu, Plumassier
Veuve Rainrond, Tailleuse
Veuve Benoît, Aubergiste
Mathieux Dupres, Cabaretier
Claude Rouge, Marchand de vin

Thématiques:

Alimentation:

En consultant les documents historiques on constate que des dizaines de petits commerces liés à l'alimentation ont disparu. Aujourd'hui, l'alimentation s'acquiert le plus souvent au supermarché, bien que les artisans tels que les bouchers, charcutiers, boulangers, chocolatiers attirent une clientèle soucieuse de qualité, de proximité et de valorisation des petits commerces. Vinaigriers, marchands de blé et tripiers ont ainsi disparu de notre vocabulaire.

Carouge avait ses abattoirs situés sur l'actuelle Av. Cardinal-Mermillod à la hauteur de la Clinique de Carouge. Ils sont achevés en 1791, afin de répondre aux questions de salubrité publique et de contrôle de l'abattage des bêtes « au lieu que jusques ici [les bouchers] les ont amatés clandestinemens dans leurs domiciles, sans que le conseil ait jamais pu empecher la fraude ni pu être informé du poid de la viande que par leurs declarations arbitraires (...) » (cité in J.-M. Marquis)

Jean-Marie Marquis, Dictionnaire carougeois , tome IIIA, Carouge, 2001
Jacqueline Constantin, Etude démographique de la Ville de Carouge (1790-1799) , Carouge 1973

Enseignement:

A la fin du 18e siècle, une petite école est instituée par l'évêque et le vicaire-instituteur qui accueillent 80 enfants en 1780. En raison de la qualité de son enseignement, les personnes aisées et les protestants préfèrent parfois confier leurs enfants aux écoles genevoises ou à des instituteurs privés. En 1786, le collège fondé par le roi Victor-Amédée III ouvre dans le bâtiment du presbytère où trois pièces sont sommairement meublées et hébergent six classes.

En 1816, Carouge est désormais suisse et genevoise et son développement se poursuit. L'éducation des petits carougeois nécessite alors des locaux plus grands. Le bâtiment des anciennes prisons, fermées depuis 1813, sera donc reconverti...en école ! Il faudra attendre 1878 pour que la bâtisse soit démolie et laisse sa place au nouveau Collège de Carouge. Il s'agit aujourd'hui de l'école Jacques-Dalphin.

Paul Guichonnet, « Du hameau à la ville royale », in : Collectif, Carouge , Carouge, 1992
Jean-Marie Marquis, Dictionnaire carougeois , Tome IIIA, Carouge, 2001

Industries et artisanat:

A la fin du 18e siècle, les industries qui s'implantent à Carouge travaillent encore sur le mode traditionnel. Plusieurs   canaux irriguent la petite cité et approvisionnent les moulins et les machines d'artisans. Ils disparaissent au fil de l'histoire et, en 1961, le Canal des Promenades, trop pollué,   est couvert. En souvenir, une fontaine marque son passage. Le pont Viana qui le traversait a été conservé.

Carouge, de par sa situation géographique privilégiée, est un lieu propice à l'activité économique.et est de tout temps fortement liée à Genève, région frontière oblige. La ville   est aussi régulièrement accusée de commerce illicite avec sa grande rivale en particulier pour les cuirs et les montres.

Au début du 19e siècle, la dépendance de Carouge à l'égard de Genève s'accentue par son annexion à la Suisse. Les produits carougeois étant à la fois imposés aux douanes  françaises et soumis à des taxes dans les cantons suisses, seul  le marché genevois leur est ouvert.

L'horlogerie en est un exemple flagrant : devenue rapidement le moteur de l'industrialisation carougeoise, elle « dépend directement de la « Fabrique genevoise, soit que les ouvriers carougeois aillent chaque jour travailler à Saint-Gervais, soit que les quelques ateliers existant à Carouge produisent pour des marchands ou d'autres ateliers installés à Genève. » (D. Zumkeller) Parmi les plus fameuses nous trouvons le comptoir de l'horlogerie, fondé en 1783 par Girard, Virginio et De Montanrouge et la fabrique de verres de montres fondée en 1785 par un Anglais. Le métier de l'horlogerie englobe de nombreuses professions telles que faiseur de ressorts, monteur de boîtes ou encore polisseuse de verge qui oeuvre dans la joaillerie et l'orfèvrerie où une verge d'or ou d'argent est synonyme d'anneau.

Une multitude de métiers artisanaux témoigne de l'activité économique florissante à Carouge. L'artisan travaille souvent seul ou en famille et n'emploie souvent pas de personnel. Il réalise un objet au moyen de la matière puis le vend dans son propre magasin situé le plus souvent sous son domicile.

Les métiers englobant le travail du cuir sont parmi les plus anciens et les plus représentés à la fin 18e siècle. Le tanneur, corroyeur ou chamoiseur exerce ces trois opérations du travail du cuir et vend dans sa boutique les objets de sa création tels que sacs, ceinture. Tout comme le bourrelier ou le sellier qui fabrique des harnais et des selles. Le cordonnier, le sabotier ou le gallochier s'emploie à créer des chaussures et les réparer.

Jacqueline Constantin, Etude démographique de la Ville de Carouge (1790-1799), Carouge 1973
Jean-Marie Marquis, Dictionnaire carougeois , tome IIIA, Carouge, 2001
Dominique Zumkeller, «  La vie carougeoise au XVIIIe siècle, in : collectif, Carouge, 1992  

Négoce  du vin:

A la fin du 18e siècle,   Carouge est en pleine expansion et attire beaucoup de monde. Sa proximité avec Genève provoque un «effet frontière » et génère tout un trafic de marchandises, légales et illégales. Tandis que Genève est sévère, Carouge est bien plus libérale : de nombreuses auberges et des cabarets ouvrent. L'on y prend du bon temps et la prostitution y est florissante. Ces activités ne sont pas pour plaire à tout le monde, Carouge est pour certains un lieu de perdition, « un infâme cloaque » (cité in P. Guichonnet). Mais les autorités d'alors prennent vite conscience de leurs avantages économiques.

Les documents historiques attestent de bon nombre de débits de vin et on connaît l'emplacement de certains d'entre eux. Par exemple, l' Ecu de Savoie était située dans l'actuel Centre Musical Robert Dunand et l'actuel Café de la Bourse existe dès avant le milieu du 19 e siècle.

De nombreux métiers se rapportent au négoce du vin et les cabaretiers, aubergistes, marchands sont nombreux dans les recensements. Certains sont également liés aux transports, tels que les étapiers, tandis que les cafetiers et limonadiers sont les marchands de boissons sans alcool.

Dominique Zumkeller, « La vie carougeoise au XVIIIe siècle, in : Collectif, Carouge , Carouge, 1992
Jacqueline Constantin, Etude démographique de la ville de Caouge (1790 - 1799) , Carouge, 1973
Paul Guichonnet, « Du Hameau à la ville royale », in : Collectif, Carouge , Carouge, 1992

Religion:

« Genève, orgueilleuse à bon droit de son passé, de ses traditions, de sa richesse et de sa culture, ne ressent aucune affinité avec la population mêlée et sans racines qui s'affaire au-delà de l'Arve » (P.Guichonnet).

En effet, Carouge contraste avec la Genève protestante et sévère, cloîtrée derrière ses murailles. Carouge n'a pas été conçue ainsi : elle n'eut même jamais de murs pour protection. Elle est alors une ville dynamique, un peu trop agitée pour le goût de certains et est également libérale en matière de pratiques religieuses. De confession catholique, l'ouverture d'esprit de la ville est « le résultat de la politique de tolérance que pratiquèrent les princes de Savoie en guise d'instrument de politique économique » (J. Constantin). Carouge s'assure ainsi l'immigration nécessaire à son développement.

Jacqueline Constantin, Etude démographique de la ville de Carouge (1790-1799), Carouge,: 1973
Paul Guichonnet, « Du Hameau à la ville royale », in : Collectif, Carouge , Carouge, 1992

Santé:

A l'époque du « village du pont d'Arve », une maladière était située à l'actuel 34 av. Cardinal-Mermillod. Elle fut démolie suite à la disparition de la Lèpre au 16 e siècle.

Essentiellement assumée par le clergé depuis le Moyen Age, la santé s'institutionnalise petit à petit dès le18e siècle. Fondé en 1786 par Victor-Amédé III, l'Hôtel-Dieu emménage à la place du Marché, dans quatre pièces et un bureau loués à l'entrepreneur Favre.

L'hôpital abrite une cuisine et six lits, quatre pour les hommes et deux pour les femmes et ne doit pas prendre en charge plus de douze personnes. Pour bénéficier de ses services, les malades doivent être de Carouge et ne pas être atteints de maladies dites « pestilentielles » ou incurables. Les pauvres étaient hospitalisés gratuitement ou contre une petite contrepartie.

Paul Guichonnet, « Du hameau à la ville royale », in : collectif, Carouge , Carouge, 1992

Textiles:

A la fin du 18e siècle, la fabrication de textiles sert à l'habillement et à l'ameublement. Comme les genevois d'aujourd'hui se rendent au supermarché français, les classes populaires de Genève d'alors ont l'habitude de se fournir à Carouge où les prix sont   plus intéressants.

Au début du 19e siècle, une filature d'importance européenne s'installe à Carouge, à la hauteur du croisement des actuelles Av. Cardinal-Mermillod et Rue Vautier. Elle produit des textiles en coton et emploie 600 employés, majoritairement femmes et enfants.

La mode est un domaine d'activités extrêmement diversifié dont nous ne connaissons aujourd'hui plus toutes les spécialités. Citons par exemple, l'indienneur qui imprime des toiles de coton, la marchande de mode qui se spécialise en chapeaux et le plumassier qui prépare toutes sortes de plumes d'oiseau destinées à orner les vêtements des femmes et les uniformes des soldats ; autant de termes qui aujourd'hui inspirent un imaginaire poétique.

Jacqueline Constantin, Etude démographique de la ville de Caouge (1790 - 1799) , Carouge, 1973
Dominique Zumkeller, «  La vie carougeoise au XVIIIe siècle », in : Collectif, Carouge , Carouge, 1992
Raymond Zanone, Carouge, Origine du nom de ses rues , Carouge, 2008
Jean-Marie Marquis, Dictionnaire Carougeois , Tome IIIA, Carouge, 2001

retour haut de la page